ediverse Explorer la plateforme

À la une PEPPOL BIS Billing 3.0 L’obligation européenne d’e-invoicing arrive : France sept 2026, Belgique janv 2026, Allemagne 2025.
EDIFACT retail France

EDIFACT en France — Grande distribution

Plus de trois milliards de messages EDIFACT échangés chaque année entre fournisseurs et enseignes de la grande distribution française. EDIFACT reste, en 2026, la colonne vertébrale opérationnelle du retail, bien avant PEPPOL et la réforme Factur-X.

Les enseignes et leurs portails EDI

Chaque enseigne de la grande distribution française opère un portail d’échanges EDI, soit en interne, soit délégué à un opérateur certifié. Le tableau ci-dessous résume les points d’entrée officiels au 2ème trimestre 2026 (source : fiches partenaires publiées par GS1 France et les enseignes).

EnseignePortail EDISubsetNotes
CarrefourCarrefour Link / ANNUEL EDIEANCOM 2002 S4Accès via AS2, SFTP ou VAN ; mandate PEPPOL pour les factures depuis 2025 sur certains corridors
E.LeclercEDI-NET (Galec)EANCOM 2002 S3/S4SCAPALSACE et ACDLEC centralisent les flux centrales régionales
Système UPortail U EDIEANCOM 2002 S3Chaîne logistique décentralisée via les 4 Coop U régionales
Intermarché (Les Mousquetaires)ITM Alimentaire EDIEANCOM 2002 S4Spécifité ITM Industries (production intégrée) sur les usines amont
Auchan Retail FranceAuchan eXchangeEANCOM 2002 S4Portail Auchan groupe pour la France et le Luxembourg
Casino / Monoprix / FranprixCasino ConnectEANCOM 2002 S4Plateforme commune Casino + filiales (Monoprix, Franprix, Naturalia, Vival)
Cora (Louis Delhaize)Cora EDIEANCOM 2002 S3Réseau plus restreint, intégration par EDI provider tiers
Lidl FranceLidl EDI / LIDL ConnectEANCOM 2002 S4Profil Lidl group avec extensions spécifiques (DESADV en sous-emballage)
Metro France (Cash & Carry)Metro LinkEANCOM 2002 S4Référence GLN délivrée par GS1 France
Picard SurgelésPicard EDIEANCOM 2002 S3Série de DESADV température contrôlée

Chaque portail définit ses règles métier dans un Manuel utilisateur EDI (MUE) qui précise : codification interne, segments obligatoires en sus du subset standard, fréquence des envois, fenêtres de traitement, modalités de test et de qualification. Sans MUE validé par l’enseigne, aucun flux de production ne démarre.

Subset GS1 EANCOM 2002 et profils nationaux

EANCOM (EAN Communication) est le sous-ensemble d’EDIFACT spécifique au commerce de détail, maintenu par GS1. L’édition de référence en grande distribution française est EANCOM 2002 S4, publiée en 2008-2009 sur les directories EDIFACT D.01B, et toujours dominante en 2026. Quelques fournisseurs avancés déploient EANCOM 2002 S5 (D.07A) pour les flux avec données de traçabilité et EPC tag enrichis.

Les profils principaux de subset EANCOM :

  • S2002 — jeu de messages minimal historique, encore utilisé par certains industriels pour l’export hors Europe.
  • S3 — subset intermédiaire, équivalent au socle Carrefour avant 2010, encore vu dans les flux PME.
  • S4 — subset principal aujourd’hui, ajoute DESADV avec SSCC, INVOIC TVA détaillée, RECADV positif/négatif, INVRPT pour les comptages stock.
  • S5 — extensions GS1 EPCIS, traçabilité lot/série obligatoire, utilisé en pharma (mais déjà visible en référence retail premium).

Les messages utilisés au quotidien

MessageRôleÉmetteurRécepteur
ORDERSCommande fermeEnseigne / centrale d’achatFournisseur
ORDRSPRéponse de commande (acceptation, modification, refus)FournisseurEnseigne
DESADVAvis d’expédition avec SSCC, lots, palettisationFournisseurEnseigne / plateforme logistique
RECADVAvis de réception et conformité (qté reçue vs annoncée)EnseigneFournisseur
INVOICFacture électronique détailléeFournisseurEnseigne
PRICATCatalogue articles, prix et conditionsFournisseurEnseigne
INVRPTRapport d’inventaire (stocks plateforme ou magasin)EnseigneFournisseur
SLSRPTRapport de ventes (sortie de caisse, par GTIN et magasin)EnseigneFournisseur
CONTRLAccusé syntaxique techniqueRécepteurÉmetteur
APERAKAccusé applicatif (erreur fonctionnelle)RécepteurÉmetteur

Les flux SLSRPT et INVRPT structurent la collaboration VMI (Vendor Managed Inventory) et CPFR (Collaborative Planning, Forecasting and Replenishment) que les enseignes françaises déploient surtout sur les catégories à rotation rapide (DPH, ultra-frais).

Anatomie d’un ORDERS Carrefour

Voici un extrait simplifié d’une commande Carrefour typique à destination d’un fournisseur national, en subset EANCOM 2002 S4 sur le directory D.01B :

edifact orders-carrefour-eancom.edi
UNB+UNOC:3+3010101000007:14+3245678901234:14+260518:0930+CRF000142'
UNH+1+ORDERS:D:01B:UN:EAN010'
BGM+220+CRF-91-2026-000142+9'
DTM+137:20260518:102'
DTM+2:20260520:102'
RFF+CT:CTR-2024-CRF-987'
NAD+BY+3010101000007::9'
NAD+SU+3245678901234::9'
NAD+DP+3010101072345::9'
LIN+1++3220420001234:EN'
QTY+21:144'
PRI+AAA:1.49'
LIN+2++3220420005678:EN'
QTY+21:72'
PRI+AAA:2.30'
UNS+S'
CNT+2:2'
UNT+15+1'
UNZ+1+CRF000142'

Quelques clés de lecture :

  • UNB — GLN du siège Carrefour France (3010101000007) vers GLN fournisseur (3245678901234), qualifiant 14 = code EAN/GS1.
  • BGM+220 — commande ferme (Purchase Order), numéro Carrefour CRF-91-2026-000142.
  • DTM+137 = date de la commande ; DTM+2 = date de livraison demandée.
  • RFF+CT — référence contrat-cadre annuel (Annuel Carrefour).
  • NAD+BY acheteur, NAD+SU fournisseur, NAD+DP point de livraison (entrepôt Carrefour 91 par exemple).
  • LIN+...:EN — GTIN-13 de l’article (qualifiant EN = EAN article).
  • QTY+21 = quantité commandée ; PRI+AAA = prix net unitaire (négocié en annuel).

DESADV, SSCC et palettisation GS1-128

Le DESADV est le pivot logistique du retail français. Il accompagne physiquement la livraison et porte la palettisation au format SSCC (Serial Shipping Container Code, 18 chiffres, GS1-128 AI 00). Sans SSCC valide, la réception est rejetée à l’entrée des entrepôts Carrefour, Auchan, Système U.

edifact desadv-sscc-eancom.edi
UNB+UNOC:3+3245678901234:14+3010101000007:14+260520:1430+DES000089'
UNH+1+DESADV:D:01B:UN:EAN005'
BGM+351+DES-2026-000089+9'
DTM+137:20260520:102'
DTM+11:20260520:102'
RFF+ON:CRF-91-2026-000142'
NAD+SU+3245678901234::9'
NAD+BY+3010101000007::9'
NAD+DP+3010101072345::9'
CPS+1'
PAC+12'
PCI+33E+003245678900000234:SSCC'
LIN+1++3220420001234:EN'
QTY+12:144'
LIN+2++3220420005678:EN'
QTY+12:72'
UNS+S'
CNT+2:2'
UNT+15+1'
UNZ+1+DES000089'

Le segment PCI+33E contient l’identifiant SSCC de la palette, et le CPS (Consignment Packing Sequence) sa hiérarchie d’emballage. Les enseignes attendent que le SSCC imprimenté sur l’étiquette GS1-128 corresponde exactement à l’identifiant transmis en DESADV — sinon scan refusé.

Réseaux d’échange et providers EDI

Le routage des flux EDIFACT en France retail repose sur deux modèles qui coexistent depuis 30 ans :

  • VAN historiques (Value Added Networks) : OpenText/GXS (anciennement Sterling), TrueCommerce, IBM Sterling B2B Integrator, Edicom, B-Process (devenu Tradeshift puis Coupa).
  • EDI providers SaaS modernes : Generix Collaborative Network, Tradeshift, Tungsten, Comarch ECOD, EDITEL Group, ESKER Document Process, Sage Network. Les fournisseurs récents préfèrent ces options pour leur monitoring et leur portail web.

Les protocoles dominants en France retail : AS2 (RFC 4130, pour Carrefour, Auchan, Casino), SFTP (encore très présent pour Leclerc et Intermarché), HTTPS API REST (en montée pour les enseignes discounters), et résiduellement X.400 sur quelques flux historiques.

Volumétrie et part de marché EDIFACT

L’estimation 2024 publiée dans le livre blanc Generix « Supply chain digitale France » consolide environ 3 milliards de messages EDIFACT par an entre fournisseurs et grande distribution française, dont :

  • ~1,2 milliard d’ORDERS (commandes et réassorts)
  • ~0,9 milliard de DESADV (avis d’expédition)
  • ~0,5 milliard d’INVOIC (factures)
  • ~0,2 milliard de RECADV, INVRPT, SLSRPT, PRICAT cumulés
  • ~0,2 milliard de CONTRL et APERAK (accusés techniques)

À titre de comparaison, les flux PEPPOL UBL en France représentent en 2024 quelques dizaines de millions de factures (essentiellement B2G via Chorus Pro), soit moins de 5 % des flux EDI en volume retail. EDIFACT reste donc dévotionnel et largement dominant.

Coexistence avec PEPPOL et Factur-X

La réforme 2026 oblige à transmettre les factures B2B via une PDP (Plateforme de Dématérialisation Partenaire) ou la PPF dans un format conforme à EN 16931 (UBL, CII ou Factur-X). EDIFACT INVOIC n’est pas dans le socle accepté.

En pratique, les enseignes et fournisseurs prennent trois positions :

  1. Conversion par la PDP — l’industriel continue d’émettre EDIFACT INVOIC vers son opérateur EDI, lequel convertit en UBL/CII conforme et le route vers la PDP du client via PEPPOL. C’est le scénario majoritaire en 2026.
  2. Double flux — INVOIC EDIFACT vers l’ERP enseigne pour le rapprochement comptable, plus UBL via PEPPOL pour la conformité fiscale. Lourd mais sécurise les deux usages.
  3. Bascule UBL native — quelques industriels modèles (Danone, Nestlé France, L’Oréal) basculent leur facture sortante en UBL natif et abandonnent INVOIC en facturation pure, tout en conservant EDIFACT pour les ORDERS/DESADV opérationnels.

ECR France milite pour la convergence et a publié en 2024 un Guide PEPPOL retail qui aligne les codes métier (BT-XX du PEPPOL BIS Billing 3.0) sur les usages EANCOM existants. La transition s’étale sur plusieurs années ; l’EDIFACT opérationnel (ORDERS, DESADV) restera dominant bien au-delà de 2026.

Sources

Liens transverses